vendredi 29 avril 2016

Les anges gardiens du musée de l’Ermitage à St-Pétersbourg en Russie


         À St-Pétersbourg, un dédale de tunnels, de caves, d’entrepôts et d’aires de service serpente sur 20 kilomètres sous les cinq bâtiments du musée de l’Ermitage. Une colonie de chats vit dans ces lieux librement, et y traque les rats, préservant ainsi un inestimable trésor. Car si le plus grand musée du monde expose quelque 65 000 œuvres d’art dans son millier de salles, 2.7 millions d’autres pièces reposent dans ses réserves, dans le secret de ses profondeurs.
         Les premiers chats sont arrivés ici il y a 270 ans. En 1745, Élisabeth 1ere de Russie, qui craignait les souris, décida d’installer des félins dans sa résidence. Mais c’est sous le règne de Catherine II que ces carnassiers acquirent leur statut officiel de « gardes impériaux ».  On distinguait alors les « chats de chambre », des bleus russes qui servaient d’animaux de compagnie, et les « chats d’arrière-cour », qui empêchaient les rats d’endommager les toiles.  Leurs descendants ont survécu à la Révolution de 1917 et ont continué leur travail durant l’ère soviétique.
         De nos jours, ils surgissent de tous les recoins des galeries voûtées. Ils se prélassent sur des coussins, se perchent sur les conduites de ventilation et les canalisations d’eau chaude. D’autres encore déambulent entre des meubles remisés ou les rampes des escaliers. Toutes les portes sont percées d’un trou pour qu’ils puissent circuler.
         Comme toute colonie de félins, celle-ci est très hiérarchisée, si bien que les employés du musée l’ont divisée, avec humour, en trois catégories : les « aristocrates », la « classe moyenne » et la « basse caste ». Tous, cependant, finissent en toute égalité dans le cimetière qui leur est réservé dans l’une des cours du musée.
         Ils ont leur propre clinique vétérinaire installée sous le Théâtre de l’Ermitage. Les employés et les bénévoles les soignent, leur procurent eau et nourriture et les toilettent.
         Chacun des chats de l’Ermitage est répertorié et dispose d’une carte d’identité avec sa photo !
         Les 2 500 salariés de l’institution connaissent les noms de tous les félins. Ces chats sont considérés comme des employés à part entière.
         Le musée n’alloue aucun budget à l’entretien des félins. Son financement dépend des dons du public, des employés et des habitants de la ville. Ils ont aussi deux importants mécènes, l’association allemande Pro Animale, et la société française Royal Canin.
         Les beaux jours venus, on peut voir certains félins flâner sur les pelouses des cours intérieures, où prendre le soleil devant l’autre façade de l’Ermitage qui se déploie sur un côté de l’immense place du Palais. C’est pourquoi des panneaux de signalisation ornés d’une silhouette de chat se dressent aux alentours à l’intention des automobilistes.
         En réalité, les chats de l’Ermitage n’attrapent plus aucun rat ni souris depuis longtemps. Leur seule présence suffit à dissuader les rongeurs. Mais les matous sont si populaires parmi les 3 millions de visiteurs annuels qu’ils sont devenus des icônes, les mascottes du musée.

Source : Geo extra, Le chat, fév,mars,avril 2016, pp 49-57.

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